On parle beaucoup de "sol vivant", mais que se passe-t-il réellement sous la surface ? La réponse tient en un mot : mycorhizes. Ces champignons microscopiques forment un réseau souterrain qui connecte les plantes entre elles, comme un internet du sol.
Qu'est-ce qu'une mycorhize ?
Le terme vient du grec myco (champignon) et rhiza (racine). Les mycorhizes sont des associations symbiotiques entre les racines des plantes et des champignons du sol. En échange de sucres produits par la photosynthèse, le champignon offre à la plante :
- Un accès élargi à l'eau et aux nutriments (phosphore notamment)
- Une protection contre les pathogènes du sol
- Une communication chimique avec les plantes voisines
Le "Wood Wide Web" dans vos parcelles
Ce réseau fongique — que les chercheurs appellent le Common Mycorrhizal Network (CMN) — peut s'étendre sur des dizaines de mètres. Il permet aux plantes de :
- Partager des nutriments : une légumineuse peut transférer de l'azote fixé à une graminée voisine via le réseau
- S'alerter mutuellement : une plante attaquée par un insecte peut prévenir ses voisines, qui activent leurs défenses
- Soutenir les plus faibles : les arbres-mères nourrissent les jeunes pousses via le réseau fongique
Pourquoi les couverts multi-espèces sont essentiels
C'est là que les couverts végétaux prennent tout leur sens. Un couvert diversifié nourrit une diversité de champignons mycorhiziens :
Les familles botaniques et leurs mycorhizes | Famille | Type de mycorhize | Espèces de couvert | |---------|-------------------|---------------------| | Graminées | Endomycorhize (AM) | Avoine, seigle, ray-grass | | Légumineuses | Endomycorhize (AM) | Trèfle, vesce, féverole | | Crucifères | Non mycorhiziennes | Moutarde, radis, colza | | Hydrophyllacées | Endomycorhize (AM) | Phacélie |
Attention aux crucifères : la moutarde et le radis ne forment pas de mycorhizes. Un couvert 100% crucifères peut donc appauvrir le réseau mycorhizien du sol. D'où l'importance des mélanges.
Comment favoriser les mycorhizes dans votre système
Ce qui nourrit le réseau - Diversité des couverts : minimum 4-5 espèces de familles différentes - Présence de plantes vivantes le plus longtemps possible dans l'année - Travail du sol réduit : le labour détruit physiquement le réseau fongique - Apports organiques : favoriser les matières organiques fraîches
Ce qui détruit le réseau - Labour profond : fragmente les hyphes et détruit la structure - Sols nus : sans racines vivantes, le réseau meurt en quelques semaines - Excès de phosphore : quand le phosphore est surabondant, les plantes n'ont plus besoin des mycorhizes - Certains fongicides : attention aux applications préventives systématiques
Application pratique
Pour un couvert efficace sur le plan mycorhizien, composez votre mélange avec au moins : - 2 espèces de graminées (avoine + seigle par exemple) - 2 espèces de légumineuses (trèfle + vesce) - 1 hydrophyllacée (phacélie) - Maximum 20-30% de crucifères
Le réseau mycorhizien est un allié silencieux mais puissant. En le préservant, vous investissez dans la fertilité à long terme de vos parcelles. C'est le vrai capital de votre exploitation.
Commentaires (0)
Soyez le premier à commenter cet article !